Tuesday, March 08, 2005

Moving still


Paul Klee, Stilleben (Still life), oil on canvas (1938).
http://www.the-athenaeum.org/art/by_artist.php?id=901

Paul Klee, "De l'Art Moderne"

Il n'est pas facile de s'orienter dans un ensemble dont les organes relèvent de dimensions différentes. Et la nature, de même que son image recréée, l'art, sont de tels ensembles. Art ou nature, il est difficile d'embrasser du regard un ensemble de ce genre et encore plus d'en faciliter la vue à autrui.
Cela tient aux méthodes échelonnés dans le temps dont nous disposons pour étudier un ensemble spatial afin d'en obtenir une représentation mentale claire et distincte. Cela tient à l'infirmité temporelle du langage. L'instrument manque qui permettrait de discuter sunthétiquement une simultanéité à plusieurs dimensions. (...) A chaque dimension qui s'efface dans le temps, nous devrions dire: "Tu es en train de devenir le passé, mais il se peut que nous nous retrouvions en un point critique, et peut-être propice, de la nouvelle dimension qui te rendra au présent. (17-8)


la musique, art du temps (...)

la polyphonie (...), ce phénomène de simultanéité (...) (18)


[L'artiste] se dit toutefois: sous cette forme reçue, [ce monde] n'est pas le sul monde possible.
L'artiste scrute alors d'un regard pénétrant les choses que la nature lui a mises toutes formées sous les yeux.
Plus loin plonge son regard et plus son horizon s'élargit du présent au passé. Et plus s'imprime en lui, au lieu d'une image finie de la nature, celle - la seule qui importe - de la création comme genèse.
Il s'autorise alors à penser aussi que la création ne peut guère être achevée à ce jour, et c'est vers le futur qu'il repousse maintenant les limites de cette oeuvre de création du monde, reconnaissant ainsi à la genèse une durée continuée. (28-9)


Paul Klee, "Credo du Créateur"

Seul le point mort est intemporel. Dans l'univers aussi le mouvement est donné préalablement à tout. (...) Le récit biblique de la Genèse offr une très bonne parabole du mouvement, la Création recevant ainsi une dimension 'historique'. L'oeuvre d'art également est au premier chef genèse; on ne la saisit jamais simplement comme produit. (...) Chez le spectateur également, l'activité principale est temporelle. L'oeil est ainsi construit qu'il fournit des morceaux successifs à la cavité oculaire. Pour s'ajuster à un nouveau fragment, il doit abandoner l'ancien. Il finit par s'arrêter et poursuit son chemin, comme l'artiste. S'il le juge bon, il revient, tout comme l'artiste. (...) L'oeuvre d'art naît du mouvement, elle est elle-même mouvement fixé, et se perçoit dans le mouvement (muscles des yeux). (...) Il est (...) souhaitable que l'artiste recherche une certaine simplicité de construction, une certaine facilité de lecture qu'il ne faut pas prendre pour l'indigence et qui ne dément en aucune façon l'assurance, le savoir-faire, la science qu'il peut avoir. (...) L'oeuvre plastique présente pour le profane l'inconvénient de ne savoir où commencer, mais, pour l'amateur averti, l'avantage de pouvoir abondamment varier l'ordre de lecture et de prendre ainsi conscience de la multiplicité de ses significations. (37-9)


Paul Klee. Théorie de l'Art Moderne. Paris: Denoël, 1964. (orig. Das bildnerische Denken; Schriften zur Form- und Gestaltungslehre, ed. Jürg Spiller, Schwabe & Co. Verlag, Bâle, 1956).

(Klee will be back.)

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